Life is Strange : éloge de la lenteur

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Notre note

9

L’un de mes coups de coeur jeu vidéo du moment (de l’année ?) est Life is Strange, développé par le studio français DONTNOD et, alors même que le 5e et dernier épisode n’est pas encore disponible, je ne peux m’empêcher de vous en faire part.

Invitation au voyage

À l’heure où tout va très vite, trop vite, que ce soit dans le monde réel ou dans les jeux vidéo, Life is Strange prend son temps et le fait bien. Par son format épisodique tout d’abord, qui distille l’aventure au compte goutte permettant ainsi d’en apprécier chaque pièce tout en se faisant désirer jusqu’à la prochaine dose. Par sa direction artistique d’autre part qui est une invitation permanente à la contemplation et à l’écoute. Dès l’écran titre du jeu, on se retrouve embarqué dans une autre réalité et on a déjà envie de poser la manette pour profiter de cette vue sur Arcadia Bay au son du doux thème musical du jeu. Cette envie reviendra tout au long du jeu, à chaque cinématique à l’ambiance hyper soignée mêlant les paysages de cette petite ville baignée par les rayons dorés du soleil et une bande son indie parfaite, aux mélodies douces et apaisantes.

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« X pour s’asseoir » 

Le jeu invite également à prendre son temps par les multiples interactions possibles avec l’environnement, que ce soit simplement lire les affiches collées aux murs (bonjour les avis de recherche), discuter avec les autres élèves de l’école ou encore, prendre des photos de la nature environnante. Ce qui pourrait même paraître impensable pour certains dans un jeu vidéo, il est ici possible de simplement s’asseoir pour écouter les pensées du personnage et admirer le paysage ou profiter de la musique aussi longtemps qu’on le souhaite. Si certains développeurs abusent de moyens détournés pour allonger la durée de vie de leur jeu (collecte d’items, …), c’est ici si bien réalisé et inclus dans l’expérience narrative qu’on le fait avec plaisir voire sans même s’en rendre compte.

L’anti-TellTale

Si DONTNOD reprend la forme des jeux TellTale entre autres avec son format épisodique, ses réponses à choix multiples et la promesse que ces choix influenceront l’histoire, Life is Strange est en fait une sorte d’anti-TellTale. À l’inverse des jeux de ce dernier, ici on prend encore et toujours son temps. Aucun des choix n’est chronométré et ne doit être réalisé dans la précipitation et ceci est encore plus vrai du fait de la possibilité de remonter le temps (dans une certaine limite) et donc de revenir sur ses décisions. Là où The Walking Dead, The Wolf Among Us et consort usent de la limite de temps pour provoquer tension et émotion, Life is Strange renforce encore plus ces éléments en laissant réellement le libre arbitre du joueur opérer. À chaque instant, on se retrouve devant le résultat de nos propres actes avec la possibilité de revenir en arrière et de les changer sans savoir pour autant ce que cela apportera à long terme. La réflexion est alors encore plus intense et les émotions décuplées lorsqu’on se rend compte de ce qu’on a sans doute causé par nos actes et qu’on aurait potentiellement pu éviter en remontant le temps et en prenant une autre voie.

Un temps pour tout

Lenteur n’est pas synonyme d’ennui et si Life is Strange prend le temps de nous raconter son histoire et nous laisse flâner dans ses décors, si la direction artistique laisse rêveur, le jeu n’est pas fleur bleue pour autant. Au contraire, en parallèle de la trame principale, DONTNOD a l’audace d’aborder des thèmes importants voire graves et parfois tabous tels que le harcèlement, la drogue ou encore le divorce. Autant de sujets qu’on n’a pas l’habitude de rencontrer dans les jeux vidéo ou du moins pas de cette manière et qui ont ici une place importante et sont abordés de façon intelligente. Les développeurs ont d’ailleurs pensé à réaliser un forum sur lequel les joueurs concernés par ces sujets peuvent s’exprimer et trouver de l’aide.

La vie est étrange

Vous l’aurez donc compris, Life is Strange va à l’encontre de la plupart des jeux qui ne laissent que peu de temps pour souffler. Ici, on prend son temps, on n’hésite pas à poser la manette et à admirer mais aussi pour reprendre ses émotions après certains rebondissements de l’histoire qu’on a peut-être en partie provoqués.

Si ce n’est pas encore fait, je ne peux que vous encourager à vous aussi prendre le temps et apprécier ce jeu. En attendant la sortie de l’épilogue, je retourne écouter l’OST en rêvant d’un coucher de soleil sur la côte américaine… La vie est étrange.

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